Aux alentours d'une petite ferme, on loue les talents de professeur de Madame Poule aux Fines Plumes. Toutes les mamans poules qui ont confié leur poussin à Madame Poule aux Fines Plumes sont ra-vies : leurs poussins sont devenus adorables, respectueux et habiles dans toutes les choses de la vie nécessaires aux gallinacés !
Ces louanges font le tour de la ferme et arrivent aux oreilles de maman Cane. Celle-ci les répète à ses bonnes amies du bois voisin, Maman Chouette et maman Hirondelle. Qui s'empresse d'en parler à maman Rossignol.
Toutes ces mères attentionnées décident donc de déléguer l'éducation de leurs chers petits à cette enseignante dévouée, car elles aussi désirent voir leur progéniture devenir cultivée et débrouillarde !
Par un beau matin d'automne, où l'air est doux et le feuillage déjà roux, elles confient leurs petits chéris aux bons soins de Madame Poule aux Fines plumes pour une année entière. La séparation est difficile, et les larmes coulent de part et d'autre ... Mais enfin, les mamans s'arrachent des ailes de leurs petits, et se consolent en se disant qu'elles leur offriront ainsi la meilleure des éducations !
Après quelques mois d'hiver passés au chaud dans le poulailler, Madame Poule aux Fines Plumes décide de profiter des premiers jours du printemps pour faire découvrir à ses petits élèves la beauté de la nature.
Les oisillons la suivent docilement, et découvrent, émerveillés, tout ce qui se passe autour d'eux.
En admirant le jeu des nuages dans le ciel bleu, la petite hirondelle s'écrire :
- Madame, regardez ! Moi, je vais voler jusqu'aux nuages !
Mais Madame Poule s'écrie :
- Où as-tu entendu une idée pareille ? C'est beaucoup trop dangereux, voyons ! Tu pourrais être emporté dans un tourbillon ... ou dans les serres d'un aigle ! Et puis, à quoi cela sert-il de voler ? A rien du tout ! Oublie donc cette idée stupide !
Un peu plus loin, ils aperçoivent une rivière.
- Madame, demande le petit canard, puis-je plonger dans l'eau ? C'est si gai de sentir l'eau couler sur son cou !
- Mais ! Qu'est-ce qui vous prend aujourd'hui ? Nager est très dangereux ! Le courant pourrait t'emporter, et te noyer ! A quoi cela sert-il de nager ? A rien du tout ! Oublie donc cette idée stupide !
Plus tard dans l'a près-midi, Madame Poule aux Fines Plumes décide de faire une petite pause. Et voici que le petit rossignol, tout guilleret, se met à chanter à tue-tête de sa voix mélodieuse.
- Oh, là, là, mais on ne chante pas comme cela, devant tout le monde. Ce n'est pas bien de se faire remarquer ! Je ne veux pas d'un élève qui oublie les règles élémentaires de la politesse, et dérange ceux qui veulent profiter du calme. Et puis, à quoi cela sert-il de chanter ? A rien du tout ! Oublie donc cette idée stupide ! Qu'avez-vous donc dans la tête, aujourd'hui !!!!
Trouvant ses élèves particulièrement indisciplinés, aujourd'hui, Madame Poule aux Fines Plumes décide de faire rentrer tout ce petit monde turbulent au calme, dans le poulailler. La nuit était déjà tombée, lorsque Madame Poule s'écrie :
- Avec toutes vos lubies de cet après-midi, j'ai oublié mon sac de maïs au pied de l'arbre où nous nous sommes arrêtés ! C'est malin !!!
- Ce n'est pas grave, lance la petite chouette. Je vois tout la nuit, je vais aller le chercher !
- Sortir la nuit ! Mais tu es fou ! La nuit, c'est fait pour dormir ! A quoi servirait de voir la nuit ? A rien du tout ! Oublie cette idée stupide !
Les oisillons sont de braves petits, et ils aiment beaucoup Madame Poule aux Fines Plumes. Alors, pour lui faire plaisir, l'hirondelle arrête de voler, le petit canard de nager, le petit rossignol de chanter, la petite chouette dort comme une marmotte toute la nuit.
Au bout de l'an, ils retournent chez leur maman. Mais la petite hirondelle n'arrive pas à attraper les insectes, elle ne vole que lentement et péniblement. Le petit canard a peur de l'eau, et regarde tristement ses amis d'ébattre joyeusement autour de lui. La petite chouette n'ose pas suivre les autres chouettes et hiboux dans leurs escapades, elle seule veille quand tous sont endormis et s'endort lorsque les autres s'éveillent. Le petit rossignol n'a pas osé chanté devant celle qui faisait battre son coeur. Et ... elle est partie avec un autre.
Madame Poule aux Fines Plumes est une enseignante sérieuse, et dévouée. Elle a voulu faire de ses élèves des êtres accomplis, semblables à elle. Mais elle a oublié une chose : dénicher le talent particulier de chacun de ses élèves.
"Sur la terre, il y a mille chemins
le bon guide est celui qui sait te mettre sur le tien
afin que tu marches joyeusement sur celui qui te convient ..."
lundi 25 août 2014
lundi 28 avril 2014
Goûter conté, "Chaperon et petits cochons", le 17 mai à la Poustinia
Qu'ont en commun le petit chaperon rouge et les 3 petits cochons ? Le loup, bien sûr ...
Alors, ce loup ? Prédateur redouté des petits cochons bien imprudents ? Ou bouffon raillé par des petites filles plutôt futées ?
C'est la question que nous allons nous poser lors de notre goûter conté, "Chaperon et petits cochons", le samedi 17 mai, à 16h...
Alors, ce loup ? Prédateur redouté des petits cochons bien imprudents ? Ou bouffon raillé par des petites filles plutôt futées ?
C'est la question que nous allons nous poser lors de notre goûter conté, "Chaperon et petits cochons", le samedi 17 mai, à 16h...
vendredi 31 janvier 2014
jeudi 30 janvier 2014
vendredi 6 septembre 2013
Sortilèges et enchantements
C'est que faire inventer 8 histoires à 8 petites puces agées de 6 à 10 ans, le défi était de taille ! Mais, comme l'an passé, la magie a opéré...
Entre "Bonbon-de-terreur", la voleuse de bonbons, et cette cruelle Aliénor, voleuse de fiancés, la guerre fut terrible ! Heureusement que ce pauvre prince Barbe-à-papa en sortit indemne et put déguster son château de sucre !!!! Ne parlons pas de ces pauvres héroïnes changées en crapaud, en petite culotte au milieu de la foule, transformées en pierres sur le bord du chemin ou enfermées dans des cages. Il leur fallut bien de l'astuce et de l'imagination pour sortir de tous ces mauvais pas !
Et, nous, on s'est drôlement bien amusées !!!!
Merci à Catherine Amathéü de nous ouvrir les portes de sa petite galerie d'art vivant pour une plongée dans le monde des contes et des histoires.
jeudi 6 juin 2013
Souvenirs, souvenirs ...
C'était un fameux pari ... reprogrammer une balade, alors que la
précédente nous avait laissé un tel souvenir ... Nous ne pouvions
qu'être déçues ...
Et bien non : celle-ci était plus belle encore !!!
Toujours le miracle de ce rayon de soleil qui arrive à point nommé, un paysage magnifique, des enfants heureux et captivés, des parents qui redécouvrent, étonnés, à quel point c'est gai de se laisser emporter dans une histoire ...
Julie, une vraie pièce de théâtre à elle toute seule, sa jolie voix et ses chansons ... Marie qui nous emmène sur les chemins de la sagesse ... Patricia qui ferait adorer les livres au plus hostile des cancres, accompagnée de sa souffleuse de bulles attitrée ... Et n'oublions pas la prestation de notre petite raconteuse en herbe, Alice, "dont la valeur n'attend pas le nombre des années"...
L'aventure continue, bien sûr, et je nous souhaite encore bien des veillées, bien des rencontres, bien des balades au pays des contes et des histoires ! Encore mille fois merci à Marie de nous ouvrir sa petite cabane enchantée, et de nous offrir ces moments dont j'avais tellement rêvé.
Et bien non : celle-ci était plus belle encore !!!
Toujours le miracle de ce rayon de soleil qui arrive à point nommé, un paysage magnifique, des enfants heureux et captivés, des parents qui redécouvrent, étonnés, à quel point c'est gai de se laisser emporter dans une histoire ...
Julie, une vraie pièce de théâtre à elle toute seule, sa jolie voix et ses chansons ... Marie qui nous emmène sur les chemins de la sagesse ... Patricia qui ferait adorer les livres au plus hostile des cancres, accompagnée de sa souffleuse de bulles attitrée ... Et n'oublions pas la prestation de notre petite raconteuse en herbe, Alice, "dont la valeur n'attend pas le nombre des années"...
L'aventure continue, bien sûr, et je nous souhaite encore bien des veillées, bien des rencontres, bien des balades au pays des contes et des histoires ! Encore mille fois merci à Marie de nous ouvrir sa petite cabane enchantée, et de nous offrir ces moments dont j'avais tellement rêvé.
mercredi 8 mai 2013
Balade contée, du "Bout'en Train" à "la Poustinia"
Bloquez vos agendas !!! Annulez tante Juliette, brossez la fancy-fair des enfants, oubliez votre cours de yoga, laissez pousser votre pelouse et prospérer vos pissenlits !!!
Le samedi 1er juin 2013, nous organisons une nouvelle (et bientôt légendaire) balade contée !
Nous partirons, à 14h30, de l'ancienne gare de Jauche (restaurant le "Bout'en Train"), et nous promènerons le long du RAVEL jusqu'à la Poustinia. Nous ne manquerons pas de musarder en chemin, de faire halte pour écouter des contes et des histoires. Arrivés à bon port, nous nous régalerons des friandises apportées par chacun; et nous écouterons, dans la cabane enchantée, les petits et grands raconteurs de livres, avant de regagner nos chaumières.
(pour épargner les petites jambes, une navette sera organisée afin de rapatrier les voitures vers la Poustinia)
Espérant des cieux aussi cléments, un public aussi charmant et des contes aussi palpitants que l'an passé ...
Le samedi 1er juin 2013, nous organisons une nouvelle (et bientôt légendaire) balade contée !
Nous partirons, à 14h30, de l'ancienne gare de Jauche (restaurant le "Bout'en Train"), et nous promènerons le long du RAVEL jusqu'à la Poustinia. Nous ne manquerons pas de musarder en chemin, de faire halte pour écouter des contes et des histoires. Arrivés à bon port, nous nous régalerons des friandises apportées par chacun; et nous écouterons, dans la cabane enchantée, les petits et grands raconteurs de livres, avant de regagner nos chaumières.
(pour épargner les petites jambes, une navette sera organisée afin de rapatrier les voitures vers la Poustinia)
mercredi 24 avril 2013
La tache noire
Toujours sur le thème de la tolérance, un autre conte découvert dans ce magnifique recueil de contes chinois.
La jeune Perle de Lune vivait avec sa mère Zhu, une maison vaste et claire. Le jardin était traversé d'un ruisseau enjambé de petits ponts de bois. Au fond de ce magnifique jardin, sous un saule majestueux, se cachait un ravissant pavillon bleu.
Zhu, veuve depuis plusieurs années, était une femme autoritaire et très avare. Elle avait compris l'avantage qu'elle pouvait tirer de la grande beauté de sa fille.
Zhu lui offrit une éducation raffinée : Perle de Lune apprit la musique, le chant, la poésie. Bien vite, Perle de Lune devient aussi talentueuse que belle, elle savait jouer du luth, chanter d'une voix mélodieuse, servir le thé dans les règles de l'art, composer des vers délicats et mener avec élégance une conversation.
Un jour, sa mère lui annonce :
- si j'ai soigné ton éducation, et cela va à présent porter ses fruits. Dorénavant, chaque après-midi, tu recevras des visiteurs dans le pavillon bleu. Celui qui t'apporteras un cadeau de prix, tu le charmeras par ta musique, tu lui réciteras des poème, tu le distrairas d'une partie d'échecs, enfin, tu feras en sorte que, ravi de ce moment passé avec toi, il n'ait qu'un désir, celui de revenir ! Celui qui n'offrira qu'un présent de peu de valeur, tu te contenteras de servir le thé et écourteras la conversation. Ainsi, nous nous enrichirons et je pourrai te choisir parmi tes admirateurs un mari fortuné !
Perle de Lune ne pouvait qu'obéir. Cependant, elle y prend vite un vrai plaisir : elle s'amuse à séduire, le temps d'un chant ou d'un rire perlé, les hommes qui se présentent. Elle éconduit sans ménagement ceux qui ne l'ont gratifiée que d'un cadeau ordinaire et sans intérêt. Ses exigences de luxe grandissent de jour en jour. Celui qui peut se vanter de passer plusieurs heures en sa compagnie est hautement considéré auprès des notables de la région, car c'est là preuve de richesse et de prospérité. La réputation du pavillon bleu est à son apogée. Et Zhu, la mère de Perle de Lune, voit avec satisfaction sa fortune s'accroître de jour en jour.
Par un après-midi pluvieux, se présente un jeune poète nommé Huo. Il a aperçu dans les ruelles de la ville Perle de Lune, et en est tombé immédiatement amoureux.
Mais, s'il a du talent, il n'en est pas devenu riche pour autant ! Pendant des mois, il s'est privé de tout et a économisé de quoi acheter un modeste bracelet à Perle de Lune, qu'il vient lui offrir aujourd'hui.
Zhu, qui a tout de suite compris qu'il était sans le sou, lance un regard à sa fille pour lui signifier qu'elle ne doit pas perdre son temps avec cet indigent !
Mais les deux jeunes gens se mettent à converser si agréablement, ils sont si bien ensemble, que Perle de Lune ne voit plus le temps passer.
Zhu, impatiente, frappe plusieurs fois à la porte, afin que cesse cette conversation qui n'est que perte de temps et d'argent ! Au moment de se séparer, Perle de Lune offre au jeune homme un poème tracé de sa main.
Dans les jours qui suivent, Perle de Lune ne manifeste plus aucun entrain en recevant ses hôtes. Tout ce qui l'amusait lui semble futile et ennuyeux. Les notables repartent moins enchantés qu'à l'ordinaire ...
Zhu houspille sa fille : "prends garde, ma fille ! Si tu ne fais pas d'effort, la renommée du pavillon bleu va décliner, et les cadeaux se raréfier. Il est temps que je te marie, et te trouve un bon parti !"
Dans le pavillon bleu, les jours se suivent et se ressemblent. Perle de Lune essaie de cacher le profond ennui qui l'habite. Un jour, ô surprise, la porte du petit salon s'ouvre et c'est Huo qui apparaît. Comment a-t-il déjoué la vigilance de Zhu ? Peu importe, et, dès qu'elle l'aperçoit, Perle de Lune sent la joie de vivre renaître en elle.
Mais Huo lui dit : "je sais que la poésie ne me rendra jamais riche. Jamais je n'aurais la prétention de vous demander plus que votre amitié. Faites-moi la grâce de m'accorder de temps à autre un de vos précieux moments, et mon coeur sera comblé"
Perle de Lune, troublée, lui répond :
- "venez me voir, j'en serai ravie ! Mais il ne faut pas que ma mère le sache. Maintenant, vite, fuyez, car j'entends le bruit de ses pas ..."
Les semaines passent, moroses. Perle de Lune refuse tous les prétendants que sa mère lui présente. Elle voudrait pourtant poursuivre sa vie de luxe, épouser un homme fortuné ... mais aucun ne trouve grâce à ses yeux. Voici si longtemps qu'elle n'a plus de nouvelles de Huo.
Un après-midi de brume légère, un jeune inconnu, vêtu de soie, se présente à la porte du pavillon. Dans ses mains, il tient un magnifique vase de jade. Aussitôt, Zhu l'introduit dans le petit salon.
Perle de Lune, malgré l'intéressante conversation du jeune homme, se sent très mal à l'aise. Le jeune homme ne reste pas longtemps, il se lève, salue son hôtesse avec élégance. Mais, au moment de se retirer, il pose son pouce sur le front de la belle, et disparaît.
Intriguée, Perle de Lune se regarde dans son miroir, et elle aperçoit sur son front une minuscule tache noire. Elle frotte, se lave, frotte encore ... mais au lieu de s'effacer, la tache devient de plus en plus visible.
D'heure en heure, la tache envahit son visage, qui devient si laid, si difforme, si grotesque, que, bientôt, on ne peut plus le regarder sans rire.
En l'espace de quelques jours, le pavillon bleu tombe à l'abandon. Dans la ville, on se moque à présent de celle qui fut la plus belle et est devenue si laide.
Voyant ses espoirs de fortune s'évanouir, Zhu ressent à présent pour sa fille une haine implacable. Elle enferme sa fille dans une chambre sans fenêtre, ou Perle de Lune dépérit de plus en plus ...
Huo est mis au courant de cette terrible infortune. Le jeune homme vend son seul bien précieux, la montre que lui avait léguée son père avant de mourir. Il demande la main de la malheureuse. Zhu, trop heureuse de se débarrasser de sa fille devenue un fardeau, accepte. Huo camoufle Perle de Lune sous un grand voile, et l'emmène dans sa modeste demeure.
En entrant dans la maison, où Huo a pris soin de cacher tous les miroirs, Perle de Lune se tourne vers son futur époux :
- "je te remercie de m'avoir tirée des griffes d'une mère sans coeur. Mais je ne veux pas t'obliger à m'épouser. Garde-moi sous ton toit, si tu le veux bien, et choisis une épouse plus belle et plus séduisante
Mais Huo répond :
- "quand j'étais pauvre et que tu étais splendide, tu m'as reçu avec bonté. Pourquoi n'en aurais-je pas pour toi ? Nous pouvons converser, partager de doux moments. Tu es ma femme, et la laideur de ton visage ne reflète pas les richesses de ton âme.
La nouvelle de leur mariage se répand alentour. Huo subit les moqueries et les quolibets de son entourage. Mais il s'en moque, il est heureux.
L'année suivante, Huo part en voyage. Un soir, attablé dans une auberge, il lie connaissance avec un homme assis à ses côtés. Huo apprend que son voisin a séjourné longtemps dans la même ville que lui :
- "je me souviens bien de cette ville, dit l'homme, et de son pavillon bleu. Son hôtesse, Perle de Lune, en faisait la renommée. Qu'est-elle donc devenue ?"
- Elle s'est mariée, répond Huo, troublé
- avec un homme très riche, j'imagine !
- non, avec un homme qui me ressemble. Un terrible accident a détruit sa beauté. Sa mère était trop contente de s'en débarrasser ...
L'étranger sourit :
- avec un homme qui vous ressemble un peu ou beaucoup ?
Etonné de son insistance, Huo ne répond pas. Alors, l'homme éclate de rire :
- Allez, je ne vais pas vous tromper plus longtemps. Je suis le jeune homme qui a posé un doigt sur son front, entraînant sa décadence. J'ai eu pitié de cette jeune fille, condamnée à jouer les coquettes sans jamais pouvoir devenir elle même. J'ai terni son éclat pour qu'elle rencontre le véritable amour, le miroir de son âme et non le simple reflet de son visage.
Huo n'en revient pas :
- et ce que vous avez fait, pouvez-vous l'effacer ?
- pourquoi pas ? Il suffirait que cet homme "qui vous ressemble" me le demande avec sincérité ...
- je suis cet homme, dit Huo. J'aime cette femme plus que tout au monde, je l'ai épousée. Sa laideur a été ma chance ... et malgré sa laideur, elle me comble de bonheur. Mais elle souffre tellement ... Si tel est votre pouvoir, rendez-lui sa beauté !
- Peu sont capables d'un amour qui ne s'arrête pas aux frontières de l'apparence... Perle de Lune méritait cela, mais sa vie l'en écartait chaque jour davantage. Conduisez-moi près d'elle ...
Une fois dans la maison d'Huo, l'étranger demanda une bassine d'eau. De son doigts, il écrivit des signes étranges à la surface de l'eau.
- Perle de Lune, lavez-vous avec soin. Que chaque pore de votre peau s'imprègne de la lotion que je vous offre !
Perle de lune passe et repasse ses mains sur son visage hideux et déformé. Peu à peu, son éclat revient et sa beauté éclate.
Une beauté nouvelle...
Perle de Lune regarde son époux, et elle rit de bonheur devant son regard émerveillé.
Heureux, ils se retournent vers leur bienfaiteur, mais il a disparu. Qui était-il ? Un esprit ? Un immortel ? un moine ou un sorcier aux pouvoirs magiques ? Jamais ils ne l'ont revu ...
La jeune Perle de Lune vivait avec sa mère Zhu, une maison vaste et claire. Le jardin était traversé d'un ruisseau enjambé de petits ponts de bois. Au fond de ce magnifique jardin, sous un saule majestueux, se cachait un ravissant pavillon bleu.
Zhu, veuve depuis plusieurs années, était une femme autoritaire et très avare. Elle avait compris l'avantage qu'elle pouvait tirer de la grande beauté de sa fille.
Zhu lui offrit une éducation raffinée : Perle de Lune apprit la musique, le chant, la poésie. Bien vite, Perle de Lune devient aussi talentueuse que belle, elle savait jouer du luth, chanter d'une voix mélodieuse, servir le thé dans les règles de l'art, composer des vers délicats et mener avec élégance une conversation.
Un jour, sa mère lui annonce :
- si j'ai soigné ton éducation, et cela va à présent porter ses fruits. Dorénavant, chaque après-midi, tu recevras des visiteurs dans le pavillon bleu. Celui qui t'apporteras un cadeau de prix, tu le charmeras par ta musique, tu lui réciteras des poème, tu le distrairas d'une partie d'échecs, enfin, tu feras en sorte que, ravi de ce moment passé avec toi, il n'ait qu'un désir, celui de revenir ! Celui qui n'offrira qu'un présent de peu de valeur, tu te contenteras de servir le thé et écourteras la conversation. Ainsi, nous nous enrichirons et je pourrai te choisir parmi tes admirateurs un mari fortuné !
Perle de Lune ne pouvait qu'obéir. Cependant, elle y prend vite un vrai plaisir : elle s'amuse à séduire, le temps d'un chant ou d'un rire perlé, les hommes qui se présentent. Elle éconduit sans ménagement ceux qui ne l'ont gratifiée que d'un cadeau ordinaire et sans intérêt. Ses exigences de luxe grandissent de jour en jour. Celui qui peut se vanter de passer plusieurs heures en sa compagnie est hautement considéré auprès des notables de la région, car c'est là preuve de richesse et de prospérité. La réputation du pavillon bleu est à son apogée. Et Zhu, la mère de Perle de Lune, voit avec satisfaction sa fortune s'accroître de jour en jour.
Par un après-midi pluvieux, se présente un jeune poète nommé Huo. Il a aperçu dans les ruelles de la ville Perle de Lune, et en est tombé immédiatement amoureux.
Mais, s'il a du talent, il n'en est pas devenu riche pour autant ! Pendant des mois, il s'est privé de tout et a économisé de quoi acheter un modeste bracelet à Perle de Lune, qu'il vient lui offrir aujourd'hui.
Zhu, qui a tout de suite compris qu'il était sans le sou, lance un regard à sa fille pour lui signifier qu'elle ne doit pas perdre son temps avec cet indigent !
Mais les deux jeunes gens se mettent à converser si agréablement, ils sont si bien ensemble, que Perle de Lune ne voit plus le temps passer.
Zhu, impatiente, frappe plusieurs fois à la porte, afin que cesse cette conversation qui n'est que perte de temps et d'argent ! Au moment de se séparer, Perle de Lune offre au jeune homme un poème tracé de sa main.
Dans les jours qui suivent, Perle de Lune ne manifeste plus aucun entrain en recevant ses hôtes. Tout ce qui l'amusait lui semble futile et ennuyeux. Les notables repartent moins enchantés qu'à l'ordinaire ...
Zhu houspille sa fille : "prends garde, ma fille ! Si tu ne fais pas d'effort, la renommée du pavillon bleu va décliner, et les cadeaux se raréfier. Il est temps que je te marie, et te trouve un bon parti !"
Dans le pavillon bleu, les jours se suivent et se ressemblent. Perle de Lune essaie de cacher le profond ennui qui l'habite. Un jour, ô surprise, la porte du petit salon s'ouvre et c'est Huo qui apparaît. Comment a-t-il déjoué la vigilance de Zhu ? Peu importe, et, dès qu'elle l'aperçoit, Perle de Lune sent la joie de vivre renaître en elle.
Mais Huo lui dit : "je sais que la poésie ne me rendra jamais riche. Jamais je n'aurais la prétention de vous demander plus que votre amitié. Faites-moi la grâce de m'accorder de temps à autre un de vos précieux moments, et mon coeur sera comblé"
Perle de Lune, troublée, lui répond :
- "venez me voir, j'en serai ravie ! Mais il ne faut pas que ma mère le sache. Maintenant, vite, fuyez, car j'entends le bruit de ses pas ..."
Les semaines passent, moroses. Perle de Lune refuse tous les prétendants que sa mère lui présente. Elle voudrait pourtant poursuivre sa vie de luxe, épouser un homme fortuné ... mais aucun ne trouve grâce à ses yeux. Voici si longtemps qu'elle n'a plus de nouvelles de Huo.
Un après-midi de brume légère, un jeune inconnu, vêtu de soie, se présente à la porte du pavillon. Dans ses mains, il tient un magnifique vase de jade. Aussitôt, Zhu l'introduit dans le petit salon.
Perle de Lune, malgré l'intéressante conversation du jeune homme, se sent très mal à l'aise. Le jeune homme ne reste pas longtemps, il se lève, salue son hôtesse avec élégance. Mais, au moment de se retirer, il pose son pouce sur le front de la belle, et disparaît.
Intriguée, Perle de Lune se regarde dans son miroir, et elle aperçoit sur son front une minuscule tache noire. Elle frotte, se lave, frotte encore ... mais au lieu de s'effacer, la tache devient de plus en plus visible.
D'heure en heure, la tache envahit son visage, qui devient si laid, si difforme, si grotesque, que, bientôt, on ne peut plus le regarder sans rire.
En l'espace de quelques jours, le pavillon bleu tombe à l'abandon. Dans la ville, on se moque à présent de celle qui fut la plus belle et est devenue si laide.
Voyant ses espoirs de fortune s'évanouir, Zhu ressent à présent pour sa fille une haine implacable. Elle enferme sa fille dans une chambre sans fenêtre, ou Perle de Lune dépérit de plus en plus ...
Huo est mis au courant de cette terrible infortune. Le jeune homme vend son seul bien précieux, la montre que lui avait léguée son père avant de mourir. Il demande la main de la malheureuse. Zhu, trop heureuse de se débarrasser de sa fille devenue un fardeau, accepte. Huo camoufle Perle de Lune sous un grand voile, et l'emmène dans sa modeste demeure.
En entrant dans la maison, où Huo a pris soin de cacher tous les miroirs, Perle de Lune se tourne vers son futur époux :
- "je te remercie de m'avoir tirée des griffes d'une mère sans coeur. Mais je ne veux pas t'obliger à m'épouser. Garde-moi sous ton toit, si tu le veux bien, et choisis une épouse plus belle et plus séduisante
Mais Huo répond :
- "quand j'étais pauvre et que tu étais splendide, tu m'as reçu avec bonté. Pourquoi n'en aurais-je pas pour toi ? Nous pouvons converser, partager de doux moments. Tu es ma femme, et la laideur de ton visage ne reflète pas les richesses de ton âme.
La nouvelle de leur mariage se répand alentour. Huo subit les moqueries et les quolibets de son entourage. Mais il s'en moque, il est heureux.
L'année suivante, Huo part en voyage. Un soir, attablé dans une auberge, il lie connaissance avec un homme assis à ses côtés. Huo apprend que son voisin a séjourné longtemps dans la même ville que lui :
- "je me souviens bien de cette ville, dit l'homme, et de son pavillon bleu. Son hôtesse, Perle de Lune, en faisait la renommée. Qu'est-elle donc devenue ?"
- Elle s'est mariée, répond Huo, troublé
- avec un homme très riche, j'imagine !
- non, avec un homme qui me ressemble. Un terrible accident a détruit sa beauté. Sa mère était trop contente de s'en débarrasser ...
L'étranger sourit :
- avec un homme qui vous ressemble un peu ou beaucoup ?
Etonné de son insistance, Huo ne répond pas. Alors, l'homme éclate de rire :
- Allez, je ne vais pas vous tromper plus longtemps. Je suis le jeune homme qui a posé un doigt sur son front, entraînant sa décadence. J'ai eu pitié de cette jeune fille, condamnée à jouer les coquettes sans jamais pouvoir devenir elle même. J'ai terni son éclat pour qu'elle rencontre le véritable amour, le miroir de son âme et non le simple reflet de son visage.
Huo n'en revient pas :
- et ce que vous avez fait, pouvez-vous l'effacer ?
- pourquoi pas ? Il suffirait que cet homme "qui vous ressemble" me le demande avec sincérité ...
- je suis cet homme, dit Huo. J'aime cette femme plus que tout au monde, je l'ai épousée. Sa laideur a été ma chance ... et malgré sa laideur, elle me comble de bonheur. Mais elle souffre tellement ... Si tel est votre pouvoir, rendez-lui sa beauté !
- Peu sont capables d'un amour qui ne s'arrête pas aux frontières de l'apparence... Perle de Lune méritait cela, mais sa vie l'en écartait chaque jour davantage. Conduisez-moi près d'elle ...
Une fois dans la maison d'Huo, l'étranger demanda une bassine d'eau. De son doigts, il écrivit des signes étranges à la surface de l'eau.
- Perle de Lune, lavez-vous avec soin. Que chaque pore de votre peau s'imprègne de la lotion que je vous offre !
Perle de lune passe et repasse ses mains sur son visage hideux et déformé. Peu à peu, son éclat revient et sa beauté éclate.
Une beauté nouvelle...
Perle de Lune regarde son époux, et elle rit de bonheur devant son regard émerveillé.
Heureux, ils se retournent vers leur bienfaiteur, mais il a disparu. Qui était-il ? Un esprit ? Un immortel ? un moine ou un sorcier aux pouvoirs magiques ? Jamais ils ne l'ont revu ...
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