lundi 28 avril 2014

Goûter conté, "Chaperon et petits cochons", le 17 mai à la Poustinia

Qu'ont en commun le petit chaperon rouge et les 3 petits cochons ?  Le loup, bien sûr ...

Alors, ce loup ?  Prédateur redouté des petits cochons bien imprudents ?  Ou bouffon raillé par des petites filles plutôt futées ?  
C'est la question que nous allons nous poser lors de notre goûter conté, "Chaperon et petits cochons", le samedi 17 mai, à 16h...
 
 

vendredi 6 septembre 2013

Sortilèges et enchantements

Des cartes illustrées, un "dictionnaire à l'envers" (de rimes), une malle d'objets magiques, une tringle à vêtements remplie de déguisements de fées, de sorcier, de magicien, de chevalier, de grand-mère, ...  La maison ressemblait, depuis quelques jours, à un véritable capharnaüm !

C'est que faire inventer 8 histoires à 8 petites puces agées de 6 à 10 ans, le défi était de taille !  Mais, comme l'an passé, la magie a opéré...

Entre "Bonbon-de-terreur", la voleuse de bonbons, et cette cruelle Aliénor, voleuse de fiancés, la guerre fut terrible !  Heureusement que ce pauvre prince Barbe-à-papa en sortit indemne et put déguster son château de sucre !!!!  Ne parlons pas de ces pauvres héroïnes changées en crapaud, en petite culotte au milieu de la foule, transformées en pierres sur le bord du chemin ou enfermées dans des cages.  Il leur fallut bien de l'astuce et de l'imagination pour sortir de tous ces mauvais pas !

Enfin, heureusement, qu'à la fin, tout est bien qui finit bien (même si la reine d'Angleterre s'en fout !).
Et, nous, on s'est drôlement bien amusées !!!!










Merci à Catherine Amathéü de nous ouvrir les portes de sa petite galerie d'art vivant pour une plongée dans le monde des contes et des histoires. 

jeudi 6 juin 2013

Souvenirs, souvenirs ...

C'était un fameux pari ... reprogrammer une balade, alors que la précédente nous avait laissé un tel souvenir ...  Nous ne pouvions qu'être déçues ...
Et bien non : celle-ci était plus belle encore !!!

Toujours le miracle de ce rayon de soleil qui arrive à point nommé, un paysage magnifique, des enfants heureux et captivés, des parents qui redécouvrent, étonnés, à quel point c'est gai de se laisser emporter dans une histoire ...

Julie, une vraie pièce de théâtre à elle toute seule, sa jolie voix et ses chansons ... Marie qui nous emmène sur les chemins de la sagesse ...  Patricia qui ferait adorer les livres au plus hostile des cancres, accompagnée de sa souffleuse de bulles attitrée ... Et n'oublions pas la prestation de notre petite raconteuse en herbe, Alice, "dont la valeur n'attend pas le nombre des années"...

L'aventure continue, bien sûr, et je nous souhaite encore bien des veillées, bien des rencontres, bien des balades au pays des contes et des histoires !  Encore mille fois merci à Marie de nous ouvrir sa petite cabane enchantée, et de nous offrir ces moments dont j'avais tellement rêvé.










mercredi 8 mai 2013

Balade contée, du "Bout'en Train" à "la Poustinia"

Bloquez vos agendas !!!  Annulez tante Juliette, brossez la fancy-fair des enfants, oubliez votre cours de yoga, laissez pousser votre pelouse et prospérer vos pissenlits !!!

Le samedi 1er juin 2013, nous organisons une nouvelle (et bientôt légendaire) balade contée !

Nous partirons, à 14h30, de l'ancienne gare de Jauche (restaurant le "Bout'en Train"), et nous promènerons le long du RAVEL jusqu'à la Poustinia.  Nous ne manquerons pas de musarder en chemin, de faire halte pour écouter des contes et des histoires.  Arrivés à bon port, nous nous régalerons des friandises apportées par chacun; et nous écouterons, dans la cabane enchantée, les petits et grands raconteurs de livres, avant de regagner nos chaumières.
(pour épargner les petites jambes, une navette sera organisée afin de rapatrier les voitures vers la Poustinia)

Espérant des cieux aussi cléments, un public aussi charmant et des contes aussi palpitants que l'an passé ...

mercredi 24 avril 2013

La tache noire

Toujours sur le thème de la tolérance, un autre conte découvert dans ce magnifique recueil de contes chinois.

La jeune Perle de Lune vivait avec sa mère Zhu, une maison vaste et claire.  Le jardin était traversé d'un ruisseau enjambé de petits ponts de bois.  Au fond de ce magnifique jardin, sous un saule majestueux, se cachait un ravissant pavillon bleu.
Zhu, veuve depuis plusieurs années, était une femme autoritaire et très avare.  Elle avait compris l'avantage qu'elle pouvait tirer de la grande beauté de sa fille.
Zhu lui offrit une éducation raffinée : Perle de Lune apprit la musique, le chant, la poésie.  Bien vite, Perle de Lune devient aussi talentueuse que belle, elle savait jouer du luth, chanter d'une voix mélodieuse, servir le thé dans les règles de l'art, composer des vers délicats et mener avec élégance une conversation.

Un jour, sa mère lui annonce :
- si j'ai soigné ton éducation, et cela va à présent porter ses fruits.  Dorénavant, chaque après-midi, tu recevras des visiteurs dans le pavillon bleu.  Celui qui t'apporteras un cadeau de prix, tu le charmeras par ta musique, tu lui réciteras des poème, tu le distrairas d'une partie d'échecs, enfin, tu feras en sorte que, ravi de ce moment passé avec toi, il n'ait qu'un désir, celui de revenir !  Celui qui n'offrira qu'un présent de peu de valeur, tu te contenteras de servir le thé et écourteras la conversation.  Ainsi, nous nous enrichirons et je pourrai te choisir parmi tes admirateurs un mari fortuné !

Perle de Lune ne pouvait qu'obéir.  Cependant, elle y prend vite un vrai plaisir : elle s'amuse à séduire, le temps d'un chant ou d'un rire perlé, les hommes qui se présentent.  Elle éconduit sans ménagement ceux qui ne l'ont gratifiée que d'un cadeau ordinaire et sans intérêt.  Ses exigences de luxe grandissent de jour en jour.  Celui qui peut se vanter de passer plusieurs heures en sa compagnie est hautement considéré auprès des notables de la région, car c'est là preuve de richesse et de prospérité.  La réputation du pavillon bleu est à son apogée.  Et Zhu, la mère de Perle de Lune, voit avec satisfaction sa fortune s'accroître de jour en jour.

Par un après-midi pluvieux, se présente un jeune poète nommé Huo.  Il a aperçu dans les ruelles de la ville Perle de Lune, et en est tombé immédiatement amoureux.
Mais, s'il a du talent, il n'en est pas devenu riche pour autant !  Pendant des mois, il s'est privé de tout et a économisé de quoi acheter un modeste bracelet à Perle de Lune, qu'il vient lui offrir aujourd'hui.
Zhu, qui a tout de suite compris qu'il était sans le sou, lance un regard à sa fille pour lui signifier qu'elle ne doit pas perdre son temps avec cet indigent !

Mais les deux jeunes gens se mettent à converser si agréablement, ils sont si bien ensemble, que Perle de Lune ne voit plus le temps passer.

Zhu, impatiente, frappe plusieurs fois à la porte, afin que cesse cette conversation qui n'est que perte de temps et d'argent !  Au moment de se séparer, Perle de Lune offre au jeune homme un poème tracé de sa main.

Dans les jours qui suivent, Perle de Lune ne manifeste plus aucun entrain en recevant ses hôtes.  Tout ce qui l'amusait lui semble futile et ennuyeux.  Les notables repartent moins enchantés qu'à l'ordinaire ...
Zhu houspille sa fille : "prends garde, ma fille !  Si tu ne fais pas d'effort, la renommée du pavillon bleu va décliner, et les cadeaux se raréfier.  Il est temps que je te marie, et te trouve un bon parti !"

Dans le pavillon bleu, les jours se suivent et se ressemblent.  Perle de Lune essaie de cacher le profond ennui qui l'habite.  Un jour, ô surprise, la porte du petit salon s'ouvre et c'est Huo qui apparaît.  Comment a-t-il déjoué la vigilance de Zhu ?  Peu importe, et, dès qu'elle l'aperçoit, Perle de Lune sent la joie de vivre renaître en elle.
Mais Huo lui dit : "je sais que la poésie ne me rendra jamais riche.  Jamais je n'aurais la prétention de vous demander plus que votre amitié.  Faites-moi la grâce de m'accorder de temps à autre un de vos précieux moments, et mon coeur sera comblé"
Perle de Lune, troublée, lui répond :
- "venez me voir, j'en serai ravie !  Mais il ne faut pas que ma mère le sache. Maintenant, vite, fuyez, car j'entends le bruit de ses pas ..."

Les semaines passent, moroses.  Perle de Lune refuse tous les prétendants que sa mère lui présente.  Elle voudrait pourtant poursuivre sa vie de luxe, épouser un homme fortuné ... mais aucun ne trouve grâce à ses yeux.  Voici si longtemps qu'elle n'a plus de nouvelles de Huo.

Un après-midi de brume légère, un jeune inconnu, vêtu de soie, se présente à la porte du pavillon.  Dans ses mains, il tient un magnifique vase de jade.  Aussitôt, Zhu l'introduit dans le petit salon.
Perle de Lune, malgré l'intéressante conversation du jeune homme, se sent très mal à l'aise.  Le jeune homme ne reste pas longtemps, il se lève, salue son hôtesse avec élégance.  Mais, au moment de se retirer, il pose son pouce sur le front de la belle, et disparaît.

Intriguée, Perle de Lune se regarde dans son miroir, et elle aperçoit sur son front une minuscule tache noire.  Elle frotte, se lave, frotte encore ... mais au lieu de s'effacer, la tache devient de plus en plus visible.
D'heure en heure, la tache envahit son visage, qui devient si laid, si difforme, si grotesque, que, bientôt, on ne peut plus le regarder sans rire.

En l'espace de quelques jours, le pavillon bleu tombe à l'abandon.  Dans la ville, on se moque à présent de celle qui fut la plus belle et est devenue si laide.
Voyant ses espoirs de fortune s'évanouir, Zhu ressent à présent pour sa fille une haine implacable.  Elle enferme sa fille dans une chambre sans fenêtre, ou Perle de Lune dépérit de plus en plus ...

Huo est mis au courant de cette terrible infortune.  Le jeune homme vend son seul bien précieux, la montre que lui avait léguée son père avant de mourir.  Il demande la main de la malheureuse.  Zhu, trop heureuse de se débarrasser de sa fille devenue un fardeau, accepte.  Huo camoufle Perle de Lune sous un grand voile, et l'emmène dans sa modeste demeure.

En entrant dans la maison, où Huo a pris soin de cacher tous les miroirs, Perle de Lune se tourne vers son futur époux :
- "je te remercie de m'avoir tirée des griffes d'une mère sans coeur.  Mais je ne veux pas t'obliger à m'épouser.  Garde-moi sous ton toit, si tu le veux bien, et choisis une épouse plus belle et plus séduisante
Mais Huo répond :
- "quand j'étais pauvre et que tu étais splendide, tu m'as reçu avec bonté.  Pourquoi n'en aurais-je pas pour toi ?  Nous pouvons converser, partager de doux moments.  Tu es ma femme, et la laideur de ton visage ne reflète pas les richesses de ton âme.

La nouvelle de leur mariage se répand alentour.  Huo subit les moqueries et les quolibets de son entourage.  Mais il s'en moque, il est heureux.

L'année suivante, Huo part en voyage.  Un soir, attablé dans une auberge, il lie connaissance avec un homme assis à ses côtés.  Huo apprend que son voisin a séjourné longtemps dans la même ville que lui :
- "je me souviens bien de cette ville, dit l'homme, et de son pavillon bleu.  Son hôtesse, Perle de Lune, en faisait la renommée.  Qu'est-elle donc devenue ?"
- Elle s'est mariée, répond Huo, troublé
- avec un homme très riche, j'imagine !
- non, avec un homme qui me ressemble.  Un terrible accident a détruit sa beauté.  Sa mère était trop contente de s'en débarrasser ...
L'étranger sourit :
- avec un homme qui vous ressemble un peu ou beaucoup ?
Etonné de son insistance, Huo ne répond pas.  Alors, l'homme éclate de rire :
- Allez, je ne vais pas vous tromper plus longtemps.  Je suis le jeune homme qui a posé un doigt sur son front, entraînant sa décadence.  J'ai eu pitié de cette jeune fille, condamnée à jouer les coquettes sans jamais pouvoir devenir elle même.  J'ai terni son éclat pour qu'elle rencontre le véritable amour, le miroir de son âme et non le simple reflet de son visage.
Huo n'en revient pas :
- et ce que vous avez fait, pouvez-vous l'effacer ?
- pourquoi pas ?  Il suffirait que cet homme "qui vous ressemble" me le demande avec sincérité ...
- je suis cet homme, dit Huo.  J'aime cette femme plus que tout au monde, je l'ai épousée.  Sa laideur a été ma chance ... et malgré sa laideur, elle me comble de bonheur.  Mais elle souffre tellement ...  Si tel est votre pouvoir, rendez-lui sa beauté !
- Peu sont capables d'un amour qui ne s'arrête pas aux frontières de l'apparence... Perle de Lune méritait cela, mais sa vie l'en écartait chaque jour davantage.  Conduisez-moi près d'elle ...

Une fois dans la maison d'Huo, l'étranger demanda une bassine d'eau.  De son doigts, il écrivit des signes étranges à la surface de l'eau.
- Perle de Lune, lavez-vous avec soin.  Que chaque pore de votre peau s'imprègne de la lotion que je vous offre !

Perle de lune passe et repasse ses mains sur son visage hideux et déformé.  Peu à peu, son éclat revient et sa beauté éclate.
Une beauté nouvelle...

Perle de Lune regarde son époux, et elle rit de bonheur devant son regard émerveillé.

Heureux, ils se retournent vers leur bienfaiteur, mais il a disparu.  Qui était-il ?  Un esprit ?  Un immortel ?  un moine ou un sorcier aux pouvoirs magiques ?  Jamais ils ne l'ont revu ...

samedi 20 avril 2013

Aurore et Crépuscule


Une variation sur le thème de la Belle et de la Bête, découverte dans ce petit livre déniché en solderie, et qui regorge de trésors.  

Un conte vraiment très étrange.  Les images sont magnifiques : dégoût à l'idée d'épouser le serpent, les petites dames bienveillantes mais obéissantes, le personnage énigmatique de la chatte.  Conte étonnant, car c'est la désobéissance de l'héroïne qui assure l'heureuse fin de l'histoire ...  Ne pas obéir et écouter son cœur  passer au delà des apparences ...  Cette idée que l'on peut toujours agir avec sa conscience me parle beaucoup.
Lorsque je l'ai conté, il a suscité de vives réactions : incompréhension, indignation chez les enfants à l'idée qu'Aurore ne soit pas punie (alors que son seul "crime" est d'être la préférée de ses parents !). 
Je vais donc le retravailler, car je crois qu'il ne peut pas être perçu dans toutes ses subtilités en une seule écoute.  Les méchants seront "punis" à la fin (je vous épargne les supplices, plus atroces les uns que les autres, imaginés par les enfants pour châtier cette pauvre Aurore...).  Parce que, dans la "vraie" vie, ce n'est pas toujours le cas... Alors, rêvons que les gentils gagnent, au moins dans les histoires ...

Le roi et la reine de ce pays avaient deux filles, qu'ils avaient appelées Aurore et Crépuscule.
D'Aurore ou de Crépuscule, quelle était la plus jolie ?  Les avis étaient très partagés ...
Les parents trouvaient qu'Aurore, leur préférée, était plus belle.
Il est vrai que ceux qui pénétraient pour la première fois dans le château étaient éblouis par Aurore, ses cheveux blonds, ses yeux bleus, son teint de porcelaine.  Certes, elle dépassait en beauté sa sœur  qu'on remarquait à peine.  Mais si on passait une journée avec les deux sœurs  on s'apercevait qu'au fil du temps, on trouvait Aurore moins jolie, et Crépuscule de plus en plus agréable à regarder.
A chaque bal que donnait le roi, Aurore était très entourée au début, tandis qu'à la fin de la soirée, tous les jeunes gens se retrouvaient près de Crépuscule.
Le roi et la reine, agacés, se disaient que c'était sûrement de la sorcellerie, et que Crépuscule attirait les galants par des potions ou formules magiques.  Mais pas du tout.  Ceux qui connaissaient les deux princesses le savaient : Crépuscule était gaie et aimable, tandis qu'Aurore, frivole et capricieuse, n'était que belle.

Mais cela, les parents ne s'en rendaient pas compte.  Ils étaient seulement agacés, car ils voulaient le meilleur mariage pour leur fille Aurore, la préférée ...

Un soir, alors que le bal touchait à sa fin et qu'Aurore n'avait plus que son père pour l'inviter à danser, le roi se mit en colère.  La dernière danse finie, il dit à sa femme :
- j'ai bien réfléchi : nous devons nous débarrasser de Crepuscule.  Quand elle ne sera plus là, Aurore pourra enfin avoir le succès qu'elle mérite
- C'est vrai, dit la reine, Crépuscule empêche notre Aurore de briller.  Je suis sûre que c'est par sorcellerie.
- Si Crépuscule est une sorcière, nous devons nous en séparer !
- Vous avez raison, mon ami, c'est notre devoir de bons parents.
Et d'arguments douteux en affirmations de mauvaise foi, voilà le roi et la reine bien décidés à éliminer Crépuscule ...

Ils appelèrent la jeune fille
- Ma fille, dit le roi, votre mère et moi avons décidé que vous deviez partir immédiatement chez votre marraine pour parfaire votre éduction
- Bien, mon père, je partirai dès demain
- qui parle de demain ?  éclata le roi.  Vous partirez dès ce soir
- Mais... il fait nuit noire...
- Allons, dit la reine avec amabilité, un serviteur vous accompagnera et portera la lanterne.

Crépuscule n'osa rien dire.  Certes, un séjour chez sa marraine l'enchantait, car elle y serait choyée, bien loin des méchancetés de sa sœur et des reproches de ses parents.  Mais treverser la forêt durant la nuit la terrifiait ...
Elle enfila son manteau, emporta un panier de provisions.

La nuit était noire et terrifiante.  Partout, des arbres menaçants, des buissons inquiétants où sûrement se cachaient des âmes perdues.  Crépuscule tremblait de peur.  Heureusement, le serviteur éclairait le chemin avec une lanterne.
Mais soudain, la lanterne s'éteignit.  Un coup de vent ?  Non, il n'y avait aucun souffle.  En même temps que s'éteignait la lumière, Crépuscule entendit les pas précipités du serviteur.  Il l'abandonnait !  Repartait seul au château comme il en avait reçu l'ordre !
Crépuscule se hissa sur une branche pour se mettre à l'abri, et, tremblante de froid et de peur, elle attendit le jour.
A l'aube, elle regarda autour d'elle et ne reconnut rien.
Perdue.  Elle était perdue.
Elle ravala les larmes qui lui étranglaient la gorge, et s'enfonça dans la forêt.

Soudain, elle n'en crut pas ses yeux.  Dans le lointain, les rayons de soleil faisaient miroiter une sorte de château merveilleux, qui semblait taillé dans le cristal.
Toute heureuse, Crépuscule courut dans cette direction.  C'était à vous couper le souffle : le château était comme illuminé de l'intérieur, et diffusait une chaude lumière.

Crépuscule frappa à la grande porte.

Elle attendit un long moment, sans réponse.   Le château était-il désert ?
Elle frappa encore.  Au bout d'un moment, elle entendit le murmure de toutes petites voix.  Enfin, au bout d'un moment, le lourd battant s'ouvrit.

Crépuscule n'en crut pas ses yeux : elle voyait devant elle de toutes petites dames, pas plus hautes que le coude.  Elles avaient dû faire la courte échelle pour parvenir au loquet de la porte.
- pardonnez-nous de vous avoir fait attendre
- bonjour, dit Crépuscule, je me suis perdue dans la forêt.  Pourriez-vous me conduire chez le maître de ce château ?
Du fond de la pièce, parvint une voix douce et veloutée :
- Je suis la châtelaine de ces lieux.

Et Crépuscule s'aperçut avec étonnement que celle qui venait de parler était une chatte blanche.
- Je peux t'offrir l'hospitalité, dit la chatte, mais tant que tu seras ici, tu ne devras jamais désobéir à mes ordres.
Crépuscule ne savait où aller.  Elle réfléchit et demanda :
- je suis votre hôte, je ferai ce que vous me direz.
Mais, de peur d'avoir parlé trop vite, elle s'inquiéta :
- et quels sont ces ordres ?
- tu peux aller et venir comme bon te semble.  Mais je ne veux pas que tu t'approches de l'étang.
Cela parut facile à Crepuscule et elle accepta.

La vie au château était douce et confortable.  L'étang était loin, mais reflétait doucement les rayons du soleil. Crépuscule aurait bien voulu comprendre pourquoi on lui interdisait de s'en approcher.  Un ordre était un ordre, mais ne pas en comprendre les raisons l'ennuyait.
Elle les demanda à la chatte, qui refusa de lui répondre.

Un jour qu'elle se promenait dans le parc, Crépuscule perçut un éclat étrange sur l'étang.  Intriguée, elle s'approcha.
Elle vit un serpent blanc sortir du lac.

Pétrifiée de terreur (Crépuscule avait une peur horrible des serpents), elle le regardait s'approcher, sans plus savoir faire un geste et s'enfuir.
- N'aie pas peur, belle amie, je ne te ferai aucun mal.  Depuis si longtemps, je n'ai personne à qui parler.  Ne t'en va pas, je t'en supplie.

Un serpent qui parle !  Crépuscule, malgré le dégoût qui lui révulse les entrailles, s'approche de quelques pas.  Elle se sent comme attirée par les yeux du serpent, emplis de douceur.  Elle bredouille quelques mots, et il lui répond avec tant d'amabilité et d'intelligence qu'elle en oublie l'heure et le temps.

Quand elle s'aperçoit que le soleil se couche, elle se relève d'un bond, promet de revenir le lendemain et court vers le château.

Hélas, la chatte l'attend sur le seuil de la porte, ses yeux verts fulgurants de colère.

- Qu'on jette cette désobéissante dans un bain de lait bouillant ! crie-t-elle

Aussitôt, les petites dames se précipitent pour saisir Crépuscule et la plonger dans la marmite.

Quand Crépuscule se réveille, elle souffre de partout.  Les petites dames la soignent de leur mieux.

- Nous ne t'avons pas laissée trop longtemps dans la marmite, mais ne recommence pas, ou il t'en cuira !

Crépuscule mit 3 jours à panser ses blessures.  Elle ne cessait de penser au petit serpent, elle lui avait promis de revenir, et se désolait de ne pouvoir tenir sa promesse.

Dès qu'elle peut tenir debout, sans plus songer à la punition, elle retourne à l'étang.  Elle trouve le serpent tout triste :
- je croyais que tu m'avais oublié, dit-il
- on m'a empêchée de venir, répond simplement Crépuscule pour ne pas l'inquiéter
Et pour le consoler, elle demeure avec lui encore plus longtemps que la première fois.
- Qu'on jette immédiatement cette désobéissante dans un bain d'huile bouillante !

Huit jours après, malgré les soins des petites dames, Crépuscule ne tenait toujours pas debout.  Dans son lit de souffrance, elle pensait sans cesse au petit serpent.
Quand elle sut que la chatte blanche s'était absentée, elle se lève tout de même, se traîne jusqu'à l'étang.
Elle trouve le serpent très amaigri ...
- tu n'es pas revenue, lui dit-il, et maintenant, je vais mourir ...
- Non, cria Crépuscule, ce n'est pas ma faute, je t'assure ...
Le serpent ferme les yeux.
- Que faut-il faire pour te sauver ?
- Quelque chose d'impossible
- Quoi ?
- M'épouser
Crépuscule recula d'effroi : épouser un serpent ?  Non, elle ne le pouvait pas.  Les larmes lui montèrent aux yeux, et elle s'enfuit en courant.

Elle passa une affreuse nuit.  Sans cesse, elle voyait le serpent expirer au bord de l'étang  Dès les premières lueurs du jour, elle se précipita vers la pièce d'eau et le trouva exténué.  Déjà, ses yeux se faisaient vitreux, la mort était sur lui.
- Ne meurs pas ! cria-t-elle, je t'épouserai.
Le serpent ouvrit ses yeux fatigués, et Crépuscule, émue, y vit un amour immense.
Elle se retourne subitement : la chatte blanche était là, sa vie était finie !  Elle ferme les yeux, pensant entendre une sentence de mort.
Mais la chatte blanche la regarde sans dire un mot.  Elle se détourne et regagne le château.

Quand Crépuscule rentre au château, elle voit que tout est préparé pour le mariage.  Alors, elle revient à l'étang, prend malgré son dégoût, le serpent dans sa main et se dirige vers la chapelle.
On demande au serpent s'il veut prendre Crépuscule pour épouse, et il dit oui.
On demande à Crépuscule si elle accepte de prendre le serpent pour époux.  Elle ne peut que remuer faiblement les lèvres.  Mais en voyant les yeux angoissés du serpent fixés sur elle, elle répond "oui" dans un murmure.

Ce mots à peine prononcé, tout sembla éclater autour d'elle  Le serpent était devenu un prince magnifique, la chatte, une jolie jeune fille dans sa robe de velours rouge.

Le prince la serre dans ses bras :
- tu as été bonne et charitable.  Tu nous as sauvés de la malédiction de la sorcière

Comme Crépuscule restait toute ébahie, le prince explique :
- ma soeur était chatte blanche, et moi j'étais serpent  ... jusqu'à ce qu'une femme accepte de m'épouser, et j'ai trouvé cette femme merveilleuse.

Les yeux de Crépuscule croisent ceux du prince.  Oui, elle les reconnait.  Elle sait alors que c'était à cause de son regard qu'elle avait accepté d'épouser le serpent.

[Pour la fête de leur mariage, on invita Aurore et les parents de Crépuscule.  Quand elle vit le prince et le château de nacre, Aurore crut s'étouffer de jalousie.  Mais sa méchanceté et sa jalousie ne punirent qu'elle, car il n'est pire châtiment pour un cœur envieux que d'assister au bonheur des autres.]

Le prince et Crépuscule se marièrent, ils eurent beaucoup d'enfants et furent très heureux ...